Communiqué France Créative – Le monde de la création accablé et en colère

Publié le 2 novembre


Alors que le théâtre, le cinéma, les spectacles, les concerts ou l’opéra ont désormais disparu, le livre et la musique restaient les seuls produits culturels accessibles. Ce n’est plus le cas. Au moment où les Européens, et la France tout particulièrement, dénoncent les abus divers des grandes plateformes internet extra-européennes, cette situation aboutit de fait à offrir pour les prochaines semaines, une position ultra-dominante pour le marché des biens culturels en France à Amazon, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes.


Avec la confirmation dimanche soir 1er novembre par le Premier ministre de la fermeture définitive de 100% des canaux de distribution physique des biens culturels, contrairement au premier confinement, c’est un nouveau coup terrible pour la culture, autant pour le public, désormais privé de tout accès à des lieux culturels, que pour les auteurs, les compositeurs, les artistes et toutes les industries culturelles.

Cette décision est également lourde de conséquences pour toute l’économie française : rappelons que les industries créatives françaises représentent 1,4 M d’emplois non délocalisables et pèsent 91,4 Mds€ de revenus totaux, soit un poids comparable à celui de l’industrie agro-alimentaire et 1,9 fois plus important que celui de l’industrie automobile (source : 3ème Panorama des Industries Culturelles et Créatives en France / EY pour France Créative, novembre 2019).

Chez nos voisins belges, les librairies ont été classées parmi les commerces essentiels. Réunis au sein de France Créative, les acteurs de la culture expriment leur incompréhension en constatant que librairies ou disquaires restent ouverts en Suisse, en Allemagne comme en Belgique.

Au moment où notre pays subit de front l’attaque des islamistes radicaux, l’importance vitale de la culture, comme arme de résistance à l’ignorance et à la haine, et comme âme de notre pays, devrait permettre de reconnaître une spécificité aux commerces culturels.

Contrairement au premier confinement, ceux-ci ont transformé leur agencement pour veiller à la sécurité sanitaire de leurs clients. La sécurité sanitaire des clients est donc encore mieux assurée. Pourtant, alors que lors du premier confinement, les rayons de produits culturels étaient demeurés accessibles dans les grandes surfaces, ils viennent d’être fermés à leur tour. Tous les canaux de distribution physiques des biens culturels ont ainsi disparu.

Les conséquences seront d’autant plus dramatiques pour les libraires et les disquaires et pour les auteurs, les compositeurs, les artistes et tout leur environnement professionnel, éditeurs, producteurs, etc. que cette décision intervient au moment de l’année le plus important pour ces métiers qui réalisent plus d’un tiers de leur chiffre d’affaire en novembre et décembre !

Alors que le théâtre, le cinéma, les spectacles, les concerts ou l’opéra ont désormais disparu, le livre et la musique restaient les seuls produits culturels accessibles. Ce n’est plus le cas.
Au moment où les Européens, et la France tout particulièrement, dénoncent les abus divers des grandes plateformes internet extra-européennes, cette situation aboutit de fait à offrir pour les prochaines semaines, une position ultra-dominante pour le marché des biens culturels en France à Amazon, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes.

Le Premier ministre a annoncé une révision possible de ces décisions d’ici 10 jours. France Créative formule trois propositions :

  • Que les biens culturels puissent être considérés comme des biens essentiels à la population.
  • Que les pouvoirs publics travaillent dès à présent aux conditions possibles de réouverture, avec des mesures sanitaires au besoin renforcées, visant à permettre aux libraires, aux disquaires, et aux rayons culturels des grandes surfaces, de rouvrir au plus vite.
  • Qu’un dispositif spécifique soit mis en place en urgence, pour généraliser la possibilité de la commande à distance et de livraison sur place, ou à domicile, pour tous les commerces culturels. Ce dispositif illustrerait l’annonce, par le Président de la République le mercredi 28 octobre, invitant les Français à soutenir les commerces de proximité, que « le Gouvernement accompagnera les TPE/PME comme les artisans qui entreprendront des démarches de numérisation». Un tel dispositif pourrait s’appuyer sur les moyens du Plan d’Investissement d’Avenir alloués au ministère de la Culture.