3 questions à Antoine Guerber : « Pour moi, artiste, directeur artistique, est un travail, un métier comme un autre qui doit bien s’arrêter un jour »

Novembre 2021

Par Clément Vialle

© Diabolus in Musica


En 2021, l’ensemble Diabolus in Musica, spécialisé dans l’interprétation des oeuvres du Moyen Age, fête ses 30 années d’existence.  Cette année voit également le passage de relais par Antoine Guerber, directeur de l’ensemble depuis sa création, à Nicolas Sansarlat, violoniste de formation.

A cette occasion, la FEVIS a posé quelques questions à Antoine Guerber.


Comment s’est passé le passage de relais au sein de l’ensemble ?

Antoine Guerber : Sur le plan artistique et de mon point de vue, la transition est extrêmement facile et fluide. Nicolas Sansarlat fait partie de l’ensemble depuis plus de 10 ans. Bien sûr en tant qu’instrumentiste il n’a pas participé aux grands programmes de musique sacrée qui ont surtout fait connaître Diabolus in Musica, un ensemble de voix d’hommes aux très fortes personnalités vocales. Mais tous les chanteurs de l’ensemble reconnaissent en Nicolas un musicien hors-pair, dont les compétences musicologiques et les très grandes connexions avec les répertoires du Moyen Âge étaient faites pour le mener à diriger un ensemble en pleine maturité, en pleine possession de ses moyens. J’y vois beaucoup d’avantages pour Diabolus in Musica : Nicolas va l’emmener vers d’autres routes en commençant par le magnifique répertoire des grands chansonniers du Val de Loire à la fin du XVe siècle, en bénéficiant d’une équipe de musiciens d’une immense qualité, dont la fidélité et le travail en commun depuis de si longues années a véritablement forgé un son, un savoir-faire, disons… diabolique !

© Diabolus in Musica

Quel bilan dressez-vous de ces 30 ans avec Diabolus in Musica ?

Mon parcours est avant tout très atypique dans notre milieu musical. Chanteur amateur, j’ai entrepris très jeune des études de gestion des entreprises avant de découvrir par hasard sur France Musique ou au concert les musiques du Moyen Âge, de véritables chocs musicaux… Puis j’ai rencontré, toujours par hasard (mais ces hasards là existent-ils vraiment ?) Dominique et Pierre Touron, deux très grands amateurs passionnés et deux musiciens très fins et sensibles, qui cherchaient à créer un ensemble de musique médiévale pour faire vivre cette passion. C’est l’aventure Diabolus in Musica qui prend son envol, et commencent alors de nombreuses années de travail acharné, comme pour rattraper mon retard, moi qui n’avais ni formation musicale, ni connaissance particulière en histoire et en musicologie et qui étais issu d’une famille sans musique… Je reste d’ailleurs assez sidéré par ce parcours. Sidéré non pas d’avoir tenté l’aventure de la création d’un ensemble consacré à des répertoires rarement explorés, méconnus et souvent méprisés, mais d’avoir réussi à accompagner, et à en être un de ses nombreux acteurs, la formidable montée en puissance et en qualité, en excellence, des musiques anciennes en France depuis 30 ans.

C’est tout d’abord et uniquement ma passion pour les merveilleuses musiques de notre Moyen Âge qui m’ont amené à monter des programmes originaux de concert et de disque, avec une envie très forte de les remettre dans leur contexte historique (qui passionne tant les français, mais dont la curiosité ne va malheureusement pas jusqu’aux musiques de cette même période). Puis sont venues les volontés de pédagogie et d’ouverture de nos concerts aux publics « empêchés », « éloignés de la Culture » ce qui était d’abord un simple supplément d’âme fait désormais partie intégrante de l’ADN de Diabolus in Musica. 

Si j’ai l’impression d’avoir beaucoup oeuvré pour rendre accessibles des oeuvres rares, inédites, voire difficiles, ou déjà célèbres, je reste aujourd’hui marqué par quelques constats pénibles, recensés par l’excellent Lionel Esparza dans son livre « Les Modernes » sur l’état actuel du secteur classique : vieillissement des publics, un certain « autisme » du milieu musical qui ne date pas d’hier, un désintérêt de plus en plus évident de la société en général, et même des élites, pour le patrimoine musical… Malgré tout, le sentiment qui domine en cette fin de carrière est une grande fierté, ce qui n’est déjà pas si mal… Je ne dirai pas que celle-ci se résume en 30 ans de bonheur puisqu’il y eut des difficultés, voire des ratages, et beaucoup d’incompréhensions, rencontrées souvent au sein du milieu musical lui-même parfois si frileux et conservateur. Mais étant moi-même totalement étranger à ce milieu au départ, j’y ai rencontré des personnes merveilleuses et connu d’innombrables moments magiques !

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J’ai souhaité une année 2021 très festive et marquante pour moi et Diabolus in Musica.

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Un artiste prend-il vraiment sa retraite ? 

Pour moi, artiste, directeur artistique, est un travail, un métier comme un autre qui doit bien s’arrêter un jour ! Et pour le dire très crûment, je pense que beaucoup de directeurs artistiques s’arrêtent beaucoup trop tard… Ce n’est néanmoins pas une décision facile à prendre, pour un artiste comme pour un ouvrier sans doute. J’ai donc souhaité une année 2021 très festive et marquante pour moi et Diabolus in Musica. La Covid en a un peu décidé autrement mais nous avons pu sortir en avril dernier un très beau et important CD avec une sublime messe du grand Guillaume Du Fay (messe Ave Regina Celorum, qui pour lui aussi fut une dernière messe). C’est le programme que nous donnons à Tours le 27 novembre prochain pour clore ma direction de l’ensemble. Il s’agit d’une messe entière, a cappella, un programme pas spécialement ludique ni facile, mais c’est bien ma manière de terminer ce beau parcours. Nous sortons également ce mois-ci un coffret de 4 CD qui reprend des extraits les plus impressionnants de notre discographie (22 CD). Enfin, je reste directeur du festival Les Méridiennes que j’ai fondé en 2009 et ce à titre entièrement bénévole comme depuis le début de cette aventure. Une manifestation extrêmement originale ouverte aux petites formes de musique savante de toutes les époques et du monde entier ! 

La vie continue, différente et avec d’autres projets, la musique y sera aussi indispensable qu’avant.

L’Agenda des concerts de Diabolus in Musica

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La discographie de Diabolus in Musica

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