3 questions à Guillaume Cuiller, directeur artistique de Stradivaria
« Après une bonne trentaine d’enregistrements et un changement de direction artistique, Stradivaria vit une nouvelle étape avec cet album, qui présente une partie du travail que nous menons depuis trois ans sur la musique pour instruments à vent de la fin du XVIIIe siècle. »
Février 2026
Par Salomée Fernandez

En février 2026, Stradivaria publie Swingin’ Partita, premier album de Guillaume Cuiller en tant que directeur artistique.
Entre esprit galant et virtuosité orchestrale, Stradivaria célèbre l’art du divertissement et prolonge la tradition du répertoire viennois autour de 1800, de Mozart à Salieri, avec une nouvelle partita commandée à Guillaume Connesson aux couleurs des années 1970. Un programme qui mêle les manches en dentelle aux chemises à fleurs.
À l’occasion de sa sortie de disque, nous avons posé quelques questions à Guillaume Cuiller.
_____
« Nous jouons les instruments anciens dans une musique actuelle pensée pour eux, et nous leur découvrons de nouvelles couleurs. »
– Guillaume Cuiller, directeur artistique de Stradivaria
_______________
Swingin’ Partita est votre premier album en tant que directeur de Stradivaria. En quoi ce projet marque-t-il une nouvelle étape artistique pour l’ensemble, tant dans le choix du répertoire que dans la manière de l’aborder ?
Guillaume Cuiller : En effet, après une bonne trentaine d’enregistrements et un changement de direction artistique, Stradivaria vit une nouvelle étape avec cet album, qui présente une partie du travail que nous menons depuis trois ans sur la musique pour instruments à vent de la fin du XVIIIème siècle. Étant hautboïste, et malgré le nom de Stradivaria évidemment lié au monde des cordes, j’ai un peu réorienté une part du répertoire de l’ensemble vers la période très faste de la Harmonie Musik, qui court des années 1760 à 1820 dans l’est de l’Europe.
Je suis très heureux d’avoir pu mêler dans ce disque des œuvres phares de cette époque (Ludwig van Beethoven, Franz Krommer) à des œuvres moins connues (Antonio Salieri) ou même complètement oubliées comme le deuxième Divertimento de Casimir Cartellieri.
Ce qui m’intéresse aussi, c’est de faire le lien avec la pensée et l’écriture de notre époque ; c’est pourquoi j’ai commandé une œuvre à Guillaume Connesson. Pour une fois, nous n’abordons pas la musique par le prisme des instruments, qui nous dictent naturellement une part de l’interprétation. C’est même le contraire : nous jouons les instruments anciens dans une musique actuelle pensée pour eux, et nous leur découvrons de nouvelles couleurs.
Comment ce disque, qui associe un répertoire pour octuor à vent à la charnière des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles à une création de Guillaume Connesson aux influences pop et disco, met-il en regard ces époques et ces esthétiques pour mieux les faire dialoguer ?
Guillaume Cuiller : La commande à Guillaume Connesson imposait deux contraintes. Formelle d’abord, puisque je lui ai demandé de composer une partita sur le modèle classique, en quatre mouvements (vif, menuet, lent, rondo), en hommage aux pièces de Franz Krommer. Mon deuxième souhait était de conserver l’esprit de la musique pour vents des années 1800 : une musique légère et virtuose, une belle musique de divertissement – car ce mot n’a rien de péjoratif : le divertissement viennois est d’un grand raffinement.
Je pense que l’esprit d’une musique précède son style. La musique prend la forme qui correspond à son époque, une forme « classique » au XVIIIème siècle, ou bien pop ou disco dans les années 1970 ; ce qui importe, c’est l’esprit qui sous-tend la création. En l’occurence, je ressens la même envie de danser sur la polacca de Krommer que sur le rondo disco de Connesson, ou bien la même intensité lyrique dans l’andante cantabile très opératique que dans la chaconne pop, aux couleurs sombres d’un film de Melville… Pour moi, c’est l’émotion qui est au premier plan, quel que soit le style, et c’est cette émotion qui permet de tisser des liens entre les esthétiques.
Très ancré sur son territoire nantais, Stradivaria développe depuis plusieurs années des formes de concerts et de médiation originales, comme les Apartés à la bougie. Comment Swingin’ Partita s’inscrit-il dans cette réflexion plus large sur la transmission, le renouvellement des formats et la rencontre avec de nouveaux publics ?
Guillaume Cuiller : En effet, un des axes forts que je soutiens consiste à aller vers tous les publics, et surtout vers ceux qui ne connaissent pas notre musique. Avec le répertoire pour vents, nous jouons très facilement partout, y compris en extérieur : non seulement pour des festivals mais aussi parfois en allant dans des parcs à la rencontre de publics qui ne s’y attendent pas du tout, notamment des familles avec de jeunes enfants. Au XVIIIème siècle, les ensembles à vent jouaient des sérénades dans les rues et jardins de Vienne : nous nous inscrivons dans cette tradition !
Retrouvez plus d’informations sur Stradivaria.org
Nos dernières actualités


